On ne m'a pas demandé mon avis, mais je le donne…

…Quelques traces…

   Oct 12

Sidérurgie liégeoise.

Ce mercredi 12 octobre au Parlement Wallon, nous tenions un débat difficile sur la situation plus que préoccupante de la sidérurgie liégeoise. Quelques heures plus tard, la rumeur circulait d'une fermeture définitive de la "phase à chaud". L'exigence de définir une stratégie et de la défendre durablement que j'indiquais dans mon intervention devant le Parlement Wallon est d'autant plus forte si en effet cette fermeture est décidée.

 

Voici le texte en support à cette prise de parole :

 

 

 

Madame la présidente,

Monsieur le Ministre,

Chères collègues,

Chers collègues

 

 

 

Nos débats de ce jour en sont une illustration forte. Notre monde est en crise et les vérités d'un jour, ne sont plus celles du lendemain, ce qui provoque auprès de larges pans de notre population de l'inquiétude, du stress, de l'angoisse, de la colère, voire du désespoir. Les conflits et les inconnues que le secteur sidérurgique vit pour le moment en sont un témoignage particulièrement éclairant. D'une lumière qui fait mal aux yeux.

Oui, la situation sociale dans le bassin sidérurgique liégeois est très tendue et même si l'arrêt de travail de plusieurs jours a été interrompu hier, les tensions et les inquiétudes restent vives. De nombreux indicateurs en attestent. Non seulement les carnets de commande s'allègent, nous dit-on, la phase à chaud est à nouveau à l'arrêt sans perspective claire de reprise d'activité pour celle-ci, la confiance entre direction et travailleurs est au plus bas. …Quelques constats parmi d'autres…

Mon collègue Bernard Wesphael a porté, à juste titre, son interpellation sur l'appréciation que vous faites de cette situation, sur les rapports de force en présence ainsi que la nécessité d'ancrer notre sidérurgie liégeoise dans un cadre européen.

On peut en effet se poser la question de l'évolution quasi idéologique des propriétaires d'arcelormittal. N'est -on pas face à un glissement d'un projet industriel vers un projet essentiellement financier ?

Je souhaite pour ma part concentrer mon intervention vers une autre dimension de cette situation. De quels moyens disposons-nous et pour quoi faire ?

Rappelons-nous. Lors de la décision de fermeture de la phase à chaud par Arcelor des moyens importants avaient été programmés pour organiser, accompagner et mettre en œuvre un vaste projet de reconversion industrielle, économique, urbanistique et environnementale. Un travail important avait d'ailleurs été entamé, tant avec les acteurs économiques, sociaux et politiques du bassin industriel mosan qu'avec les habitants, par exemple de Seraing. Ceci avait permis des perspectives encourageantes d'une nouvelle étape dans le développement de notre région, même si la reconversion n'est jamais un pari gagné d'avance,

Puis… Nous nous sommes tous réjouis de la décision de finalement maintenir et remettre en action les haut-fourneaux B et 6 et ce faisant ré-envisager un avenir pour la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise. Ce qui a permis l'engagement de centaines de travailleurs qui s'en est suivi. La demande d'acier était forte, les nouveaux propriétaires de l'ancien Cockerill-Sambre exploitaient au maximum les outils disponibles pour satisfaire cette demande.

Depuis. La crise économique qui a suivi la crise financière de 2008 a tout remis en cause. Les outils de la phase liquide liégeoise, comme d'autres en Europe, semblent être conçus comme des instruments de flexibilité ( qui ne servent qu'en période de haute conjoncture) et non comme des outils structurels de la production d'acier. Pourtant des promesses de réinvestissement pour moderniser ces outils ont été formulées. Par ailleurs le groupe Arcelormittal réalise des bénéfices très importants.

Nous avons pas mené de multiples combats depuis l'hiver '60 pour que la Wallonie puisse prendre son destin en main… Ce n'est pas pour admettre que notre bassin sidérurgique liégeois ne serait plus qu'une variable d'ajustement au sein d'un groupe mondial et dépendant d'une stratégie où notre voix est inaudible… Etre une simple variable d'ajustement, un outil de flexibilité, n'est ni mobilisant, ni apte à satisfaire nos aspirations, pas plus que cela n'est digne tant pour nos travailleurs que pour notre population.

Les récents accords qui refondent « la nouvelle Belgique » ont, parmi d'autres enjeux, balisé dans le temps les fameux transferts financiers. Nous avons dix, voire vingt ans (cela peut paraître long, c'est en réalité très court) pour redéployer efficacement l'économie wallonne et faire en sorte que notre capacité à produire des richesses puisse assurer les nécessaires dépenses qui nous permettront de relever les défis qui se posent à nous: le vieillissement de notre population, la formation et la mise à l'emploi de nos jeunes, les perturbations climatiques et les migrations de populations qui en découleront inévitablement, pour n'en citer que quelques uns…

C'est dire si nous sommes confrontés à la fois à l'urgence mais aussi à la nécessité de ne pas faire d'erreurs. Nous disposons de moyens, mais ils ne sont ni illimités, ni disponibles plusieurs fois. Nous n'avons pas droit à l'erreur !

Précisément, Monsieur le Ministre, de quels moyens disposons-nous ?

Je l'ai indiqué. A l'époque où nous devions envisager une vie sidérurgique sans phase à chaud, des moyens et des structures avaient été mobilisés pour financer et organiser la reconversion (industrielle, urbanistique, sociale) et le déploiement d'activités, dans la sidérurgie mais aussi dans d'autres secteurs. Que reste-t-il de ces outils et moyens. Restent-ils disponibles, si oui lesquels et à quelle hauteur. Reste-t-il des éléments éventuellement dormants que l'on peut remobiliser ?

A plusieurs reprises ces dernières années, des engagements clairs du groupe Arcelor-Mittal ont été exprimés pour moderniser et réorienter certains outils du bassin liégeois. Où en sommes-nous dans ces investissements ? J'entends que certaines installations pourtant considérées jusqu'il y a peu comme parmi les plus performants au monde, se dégradent par manque d'entretien ou des nécessaires investissements devant les maintenir à leur haut niveau de sécurité et de productivité. Qu'en est-il ? Quels moyens d'évaluation avons-nous pour l'établir ? Que nous disent Messieurs Mittal père et fils ?

Le bassin sidérurgique liégeois c'est environ 200 chercheurs mobilisés sur la mise au point de nouveaux process et nouveaux produits. C'est à ce point essentiel que d'aucuns estiment que notre sidérurgie liégeoise a 20 ans d'avance sur ses concurrentes. Raison de plus pour ne pas se satisfaire de n'être qu'une simple variable d'ajustement.

Il y a peu un rapport dit « Laplace-conseil » a produit un état des lieux sur lequel nous avons appuyé quelques décisions importantes destinées à moduler l'avenir.

Depuis plusieurs années les pouvoirs publics ont dégagé des moyens financiers et humains importants. D'aucuns sont d'ailleurs prêts à nous le reprocher aujourd'hui estimant que nous reproduisons les erreurs du passé en maintenant en vie des outils sans avenir. C'est parce que nous, écologistes, ne partageons pas ce point de vue, que nous voulons indiquer clairement que le courage politique est de mise. Il nous faut aujourd'hui pousser la réflexion stratégique plus avant. Quels sont les atouts, et les faiblesses, les opportunités et les freins de notre bassin sidérurgique liégeois, au sein d'une sidérurgie européenne et d'une économie mondialisée ? Au sein d'un groupe mondial, ou faut-il envisager d'en sortir ? Quel rapport de forces pouvons-nous construire entre acteurs concernés par l'avenir sidérurgique liégeois, mais aussi avec des partenaires au sein d'un espace européen pour faire entendre notre voix aujourd'hui inaudible ? Nous allons devoir produire des réponses pertinentes et durables à ces questions. Une fois de plus il nous faut nous remettre autour de la table, redéfinir une stratégie gagnante avec l'ensemble des acteurs concernés, qu'ils soient issus du monde syndical, patronal, financier, économique, académique ou politique. Une fois de plus cette réflexion stratégique doit être entamée qui permettra dans un premier temps de vérifier la viabilité des outils, leurs besoins de modernisation et dans un second temps de fixer des options claires. Car ce que les travailleurs et les forces sociales, économiques et politiques liégeoises ont voulu, ce n'est pas l'agonie mais une renaissance de la production d'acier. Mais si c'est l'agonie qui est tout de même et finalement au rendez-vous, alors nous devrons nous remettre à organiser la transition vers une autre sidérurgie dans le bassin liégeois et obtenir des propriétaires actuels qu'ils assument leurs responsabilités sociétales. Il ne s'agit pas ici de plaider pour une option face à une autre, mais d'exiger que les options choisies, rapidement mais en fonction d'une analyse objectivée, partagée par l'ensemble des acteurs soient suivies, durablement, des effets concrets que nous aurons choisis.

C'est pourquoi, Monsieur le Ministre, il nous semble urgent d'actualiser l'étude Laplace-conseil au regard de ce que nous connaissons depuis deux ans (peut-on considérer que la phase à chaud est opérationnelle quand un haut fourneau a fonctionné 10 mois en 5 ans ?) puis de mobiliser tous ces acteurs concernés pour enfin définir les axes stratégiques durables et prendre les décisions que nous aurons programmées à travers cette stratégie concertée. C'est notre responsabilité et notre crédibilité politique qui sont en jeu ici. Les écologistes sont prêts à participer non seulement à la réflexion, à la poursuite des efforts et assumer les choix que nous déterminerons à partir de cette réflexion stratégique dont l'urgence ne fait aucun doute.

Certes, nous attendons tous les réponses que vous nous apporterez ce jour, mais notre attente est plus forte encore vis-à-vis des réponses que nous pourrons construire dans les jours, semaines et mois qui viennent.

 

 

 

Réplique (après intervention du Ministre).

Merci, Monsieur le Ministre pour les réponses que vous avez bien voulu apporter. Vous me permettrez de relever la phrase suivante, que vous avez prononcée : « Même si c'est difficile, il faut être clair ». J'y vois un écho positif à l'exigence que j'ai posée de faire preuve de courage politique. Les travailleurs, dont les représentants sont présents aujourd'hui, nous ont largement démontré qu'ils étaient capables de sacrifices. Il est essentiel de donner du sens à leurs efforts tout en construisant, non pas pour un an ou deux des réponses conjoncturelles, mais pour la génération qui vient une capacité de réalisation, durable, structurée et créatrice de dignité.

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